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Le cyber-espace est-il nécessairement aussi vaste qu'on le dit ?

Dans le numéro spéciale de La Recherche (N° 328 Fév 2000) consacré entièrement à l'Internet, on apprend sous la plume de Vinton G.Cerf, distingué scientifique de la NASA, que l'agence dispose d'un interPlaNet - architecture d'interconnexion des réseaux de communication spatiaux - dont la fonction première est la communication avec les sondes et autres robots d'exploration.

Cyber-espace, plus qu'un nom, une prophétie...



Fan de Star Trek, prennez votre mal en patience, vous pourrez bientôt chatter avec Scotty à propos de la propulsion hyperespace de l'Enterprise.

Internet véhicule déja auprès d'un large public, une fantasmagorie éthérée, teintée des poncifs d'une mondialisation brutale et globalisante que cet Internet interplanétaire ne manquera pas de renforcer.

Le discours « la Guyane n'a pas besoin d'Internet » aura-t-il de nouveau cours. Certes aucun d'entre nous n'a vraiment besoin d'Internet mais avons tous besoin de réseaux. L'internet n'est qu'une nouvelle forme de support de nos maillages.

L'autoroute emprunte à la voie romaine qui elle-même tient du premier layon.

Allons ! Oublions pour un instant, les autoroutes de l'information et leurs www.bétonneurs.com, forgeons nos sabres dans le libre et traçons nos layons dans la direction de l'appropriation et laissons là dernière nous, nos convulsions et notre boulimie de MP3, de DIVX et de SMS.

Il est vrai qu'aux premiers abords, la route semble sombre et ardue, tant l'outil apparait sur-dimensionné, innaproprié, voir incongru lorsqu'on le confronte aux usages de proximité. Il n'en demeure pas moins que ces usages représentent des niches d'activités économiques à investir et un chantier d'expérimentation sociale à explorer.

Nous avons des sources où nous abreuver, ainsi dans le cadre de la vie de la cité, les expérimentateurs les plus audacieux ont été les promoteurs de chaînes communautaires par câble, le communautaire étant ici à l'échelle d'un quartier, d'un arrondissement et non du communautarisme.

Quelle gageure que de détourner la télédiffusion, « le bruit de fond des salons », média unidirectionnel de masse par excellence pour promouvoir et expérimenter sur des territoires restreints, souvent sinistrés économiquement, un renouveau du lien social.

Plus près de nous,l'ONG Funredes à développé le projet MISTICA  (Méthodologie et Impact Social des Technologies de l'Information et Communication en Amérique) qui est un exemple original d'engagement dans la construction de nouvelles modalités de communication communautaire de personnes de langues, de cultures et de niveaux d'accès différents à la technologie.

« Guyanes Numériques : Bâtisseur de l'Avenir », nous interpelle sur notre socle,  nos références et nos outils, pour la réalisation de cet avenir numérique.

Pour ma part, j'estime qu'Internet a été le catalyseur du dynamisme d'une frange de la société guyanaise et a ainsi démontré pour qui en doutait sa capacité à répondre à la modernité. Parmis les pierres blanches, on notera les offres Internet  rapidement portées par des entreprises locales (PuntoCom, NetPlus, Ariasnet, MDI), la distinction du site de la DRAC guyane développé par Netactions, l'offre de services autour de la plate-forme Zope porté par Ekognitiv et Ariasnet ou encore le programme IDEAL Environnement, une expérimentation des TIC dans le champ du développement durable en Guyane initiée par le GRID, ainsi que la création d'une licence professionnelle en Informatique et réseaux au sein de l'IESG.

Si d'un point de vue technique et intellectuel, une avantgarde a su répondre, il n'en deumeure pas moins que nous sommes passé à côté, à côté de notre rayonnage dans la vaste bibliothèque qu'est le web. Doit-on conclure que nous n'avons rien à dire ? Non, car une brève analyse du catalogue des périodiques accessible aux archives départementales montrent l'existence d'une presse écrite variée en Guyane depuis 1950. La faille provient probablement de l'incapacité des producteurs de contenus et des techniciens à communiquer, s'imbriquer, se coordonner. Conséquence  d'un conflit de génération sur fond de fracture numérique, de modèle économique hasardeu, d'une désinvolture collective ; la question demeure ouverte.

Bien que l'infosphère ne se réduise pas au web, le mouvement que lui imprime une société est un indicateur d'appropriation probant car il indique la tendance de la balance de la production vis à vis de la consommation, révèle le dynamisme, la créativité et forge les perspectives en supportant l'innovation et en favorisant l'acquisition des technologies.

D'autant plus que l'informatique en qualité de « technologies de l'intelligence » participe à notre « écologie cognitive ». Pour Pierre Lévy, elle s'impose même en modalité principale de communication, de conservation, transmission et élaboration des connaissances comme en leur temps la parole et l'écrit.

Les enjeux des TIC ne se limitent donc pas à des pages web, de la fibre en brin, des unités téléphoniques et des chaînes en bouquet mais ils renvoient une dimension anthropologique qui milite pour une appropriation  positive.